La philosophie derrière ma chaîne GIGAFOURMIS
- GigaFourmis
- il y a 7 minutes
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Tout récemment, j’ai publié une longue vidéo de réaction sur YouTube : je regarde (et je commente en direct pendant 40 min) mes toutes premières vidéos d’élevage, celles de mes touts débuts, quand je faisais mes premiers pas dans le milieu.
Dedans, on revoit certaines scènes qui me font grincer des dents aujourd’hui :
- Donner des insectes vivants (souvent des mouches que j'avais capturées) à une jeune colonie de Crematogaster scutellaris qui comptait 150-200 ouvrières maximum. Les fourmis stressent, se défendent comme elles peuvent en balançant de l'acide formique, courent un peu partout, et finissent par se résigner à tuer la proie… mais uniquement parce qu’elles n’ont pas le choix ; dans la vidéo il y a des coupures mais en général c'était assez long. C’était clairement inadapté, source de stress inutile et dangereux pour la colonie puisque je l'ai perdu par la suite.
- Des setups « naturels » pour des reines Messor barbarus : des pots avec dedans de la terre où elles pouvaient creuser leurs galeries elles-mêmes. Sur le papier, l’idée semblait géniale… mais en pratique, toutes ces fondations ont échoué (alors que la plupart de mes fondations en tube ont réussi).

Et dans cette vidéo réaction, je ne me contente pas de passer les images : je décortique absolument tout. Chaque mauvais choix, chaque conséquence qu’on ne voyait pas à l’écran (pertes totales de colonies, semaines de galère, déception énorme), je l’explique en détail. Et surtout, j’apporte de la nuance hyper importante :
Donner une proie vivante n’est pas une interdiction absolue. C'est possible sans risque avec certaines espèces qui ont un instinct de chasse fort lorsque la colonie est grande (Pheidole, Crematogaster et d'autres…).
Mais il y a des conditions strictes :
- La colonie doit être assez nombreuse (idéalement plusieurs milliers d’ouvrières pour absorber le stress et maîtriser la proie rapidement),
- La proie doit être adaptée : taille raisonnable, blessée ou ralentie pour minimiser le combat, jamais ramassée directement dans la nature (risque de parasites, pesticides), et jamais des mouches qui font partie des insectes qui traînent dans les endroits les plus dégueulasses qui existent.
- Exemple concret que j’ai donné dans la vidéo : si mes Crematogaster scutellaris avaient déjà atteint 4000–5000 ouvrières, une petite blatte redrunner vivante (ou un grillon/vers blessé) serait passé sans stress, en stimulant leurs comportements naturels sans les mettre en danger.
Pour certaines autres espèces ça peut même être une obligation, comme les ponérines ou les fourmis bouledogues qui ne mangent pas si la proie ne bouge pas au moins un peu. Bref, je montre ces images exprès, je les assume à fond, et je les utilise comme support pour transmettre les vraies leçons.

Les retours qui font réfléchir : « C’est une mauvaise idée de montrer ça »
Certains abonnés réguliers (et je les en remercie) m’ont écrit après la vidéo :
« Melvin, les ados / enfants vont voir ça et penser que c’est normal de balancer des insectes vivants à une mini-colonie… » « Tu risques d’inspirer des comportements qui tuent des fourmis inutilement. »
Ces retours sont légitimes. Ils viennent de gens qui me suivent depuis longtemps, qui veulent protéger le bien-être des colonies et éviter que le hobby prenne une mauvaise réputation. Je les lis tous et les prends en compte. Mais c’est précisément là que se trouve le cœur de ma philosophie sur GIGAFOURMIS.

Ma philosophie en profondeur : montrer le chemin réel, du chaos au succès
Depuis le tout premier jour de la chaîne et du blog, j’ai choisi une ligne directrice très claire : je ne veux pas vendre du rêve. Je veux montrer le vrai parcours d’apprentissage d’un passionné.
Ce parcours, il ressemble à ça :
- Des milliers d’heures passées à observer, tester, rater, recommencer.
- Des erreurs classiques que tout le monde fait au début : trop d’ouverture du nid, nettoyage trop régulier sur jeune fondation, nourriture inadaptée, diapause mal gérée, etc.
- Des pertes douloureuses : après des mois de travail des colonies entières qui disparaissent en quelques jours pour une erreur d’humidité, des reines qui ne pondent jamais malgré tous les soins, des évasions spectaculaires (j’en ai fait de belles…). Dans l'élevage de fourmis des années de travail peuvent partir en fumée en quelques heures.
Dans mon Guide Ultime Élevage de Fourmis pour Débutant (que beaucoup d’entre vous ont lu), je répète souvent la même chose : j’ai moi-même commis beaucoup des erreurs que je décris aujourd’hui. C’est pour ça que le guide est aussi détaillé : il est écrit avec le recul de quelqu’un qui a galéré, pas avec des théories apprises dans les livres. J’ai échangé avec des professionnels, des éleveurs confirmés, des milliers de débutants comme vous… et surtout, j’ai testé en vrai.
Ma philosophie, c’est donc :
1. Faire → tester des choses, nourrir avec différents régimes, tester des espèces françaises et exotiques qui viennent de différents fournisseurs.
2. Rater → et assumer que ça arrive. Personne ne démarre expert. Les fourmis sont vivantes, imprévisibles, sensibles au stress, aux variations hygrométriques, à la qualité de la nourriture.
3. Analyser sans filtre → expliquer pourquoi ça a merdé, quelles étaient les signaux d’alerte qu’on voit avec le recul.
4. Synthétiser et transmettre → transformer ces galères en tutos clairs, en articles ultra-détaillés (comme ceux sur « Les 3 erreurs à éviter », « Pourquoi mes fourmis ne bougent pas ? »).
Je n’écris jamais mes scripts avec de l’IA ou en copiant des fiches toutes faites. Je parle comme je pense, en live et en vidéo, avec mes incertitudes du moment. Parfois je me trompe sur un détail → je le corrige plus tard. C’est assumé : je suis un praticien passionné, pas un prof universitaire. Et c’est cette authenticité qui fait que beaucoup d’entre vous me suivent depuis des années.
Je n’ai jamais su faire semblant. Je suis incapable de jouer un rôle ou de polir mes propos pour paraître plus « pro » que je ne le suis. Cette franchise est parfois maladroite, parfois trop directe, et je sais que cette personnalité haute en couleur peut en agacer certains. Mais c’est aussi ce qui fait que je ne cache rien : quand une colonie meurt à cause d’une erreur que j’ai commise, je le dis tel quel, c’est simplement ma façon d’être. Je préfère être jugé sur mes vrais résultats et mes vrais progrès plutôt que sur une image lisse et artificielle.

La réalité qu’on ne peut pas ignorer : il y aura toujours des erreurs bêtes
Donc pour répondre aux inquiétudes de certains abonnés, même si je cachais toutes mes anciennes vidéos « honteuses », même si je ne montrais que mes plus belles colonies actuelles, il y aurait toujours :
- Des jeunes qui sautent la diapause parce que « c’est long et chiant ou que ça fait peur »,
- Des kits jouets inadaptés offerts à des enfants de 5-10 ans,
- Des gens qui ouvrent le nid tous les jours « voir s’il s'est passé quelque chose »,
- Des proies vivantes données à des fondations de 30 ouvrières parce que « ça les stimule ».
C’est comme ça, c’est humain.

Du coup, ma stratégie, c’est l’inverse du silence : inonder d’informations fiables et transparentes. Montrer les pires moments + expliquer pourquoi c’était nul + donner la bonne façon de faire. Comme ça, ceux qui veulent vraiment bien faire (vous qui lisez cet article, qui posez des questions précises en commentaire/sur les forums, qui relisez les guides plusieurs fois) ont toutes les cartes en main pour progresser rapidement et éviter les pièges les plus communs.
Face aux critiques : toujours assumer
J’ai souvent droit à des remarques du style : « Gigafourmis, chez lui toutes les fourmis meurent », « Il fait que des conneries, il ne sait pas élever », « Ses fourmis s'échappent tout le temps ».
Soyons honnêtes : la plupart des éleveurs ont déjà tué au moins une colonie. Par erreur de débutant, par manque d’attention, par accident. C’est quasi inévitable quand on apprend même en étant très bien renseigné, et plus on a de colonies différentes plus les risques d'en perdre une bêtement augmente.
La différence ? Je les montre, mais je n'ai pas plus de problèmes d'élevage que n'importe qui qui a autant de fourmis que moi. Je ne cache pas les échecs derrière des silences gênés, je les expose, je les explique et je m’en sers pour enseigner. Et ça dérange certains frustrés, parce que ça casse l’illusion du « pro infaillible » qu'ils veulent se donner. Mais pour moi, c’est la seule façon honnête de faire avancer la communauté, je ne suis pas infaillible je suis la même courbe d'apprentissage que n'importe quel autodidacte.
Après forcément, vu que la plupart des colonies vont bien, les sujets peuvent tourner autour des problèmes d'élevage que j'ai, car c'est là en général qu'il y a des choses intéressantes à filmer et expliquer, ce qui donne l'illusion que toutes mes fourmis vont mal.

Et toi, qu'en penses-tu ?
Et toi, tu te situes où dans tout ça ? Ma philosophie en une phrase : apprendre ensemble, en montrant le vrai chemin – galères incluses – pour que le plus grand nombre réussisse et respecte ces animaux incroyables que sont les fourmis. Tu es plutôt d’accord avec cette approche ultra-transparente ou tu penses que je peux donner le mauvais exemple ?
Dis-moi tout en commentaire, même si tu n’es pas d’accord – les retours constructifs sont toujours les bienvenus. Et si tu veux (re)voir la vidéo réaction qui m'a inspiré cet article je te la mets en fin d'article.
Merci d’être là, de progresser à mes côtés, d’élever vos colonies avec soin et passion. À très vite pour de nouveaux suivis et tutos. Pour soutenir mon travail pensez à jeter un oeil à ma boutique www.accessfourmis.com.



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