Guide Ultime Élevage de Fourmis pour Débutant
- GigaFourmis
- 15 janv.
- 59 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 janv.
Bienvenue dans l’univers fascinant de l’élevage de fourmis ! Moi, c'est Melvin, alias GIGAFOURMIS, passionné d’animaux depuis l’enfance et spécialisé dans l’élevage de fourmis depuis 2022. Je partage cette passion sur ce blog et sur mes réseaux sociaux, notamment ma chaîne YouTube.
À travers mes années d’expérience, j’ai appris à élever des colonies saines et à partager mes astuces pour rendre cette activité accessible à tous. C’était un chemin difficile, fait de nombreuses erreurs, d’échecs, de réussites, d’échanges avec des éleveurs plus expérimentés, des myrmécologues mais aussi des milliers de débutants en élevage, ce qui m’a permis d’acquérir en quelques années de solides connaissances dans l’élevage de ces insectes.
J’ai décidé de créer un guide écrit qui regroupe la plupart des connaissances théoriques que j’ai accumulées au fil de mon expérience. Si vous le suivez attentivement, vous éviterez 90 % des erreurs courantes qui sont fatales pour votre colonie et vous maximiserez vos chances de réussir votre élevage.
Dedans, je vous donne des techniques, étape par étape, qui fonctionnent avec la plupart des fourmis. Je ne peux bien entendu pas couvrir la totalité des pratiques. Je vous délivre ici une marche à suivre simple et efficace : on va droit au but. Si vous la suivez, ça fonctionnera dans la majorité des cas et avec la plupart des espèces.
Pensez à reconsulter à tout moment ce guide si vous avez un problème avec votre colonie et à le partager à ceux qui ont besoin de renseignements théoriques. Retrouvez juste en dessous un sommaire cliquable pour consulter uniquement la partie qui vous intéresse. Si vous débutez, je vous invite vivement à lire le guide en entier.
Bonne lecture !

Sommaire
Chapitre 6 : Paramètres d’Élevage
Chapitre 7 : Diapause et Pause Hivernale
-Diapause ou pause hivernale : de quoi parle-t-on exactement ?
-Quand et comment faire la diapause
-Quand et comment faire la pause hivernale
Chapitre 8 : Gestion des déchets et propreté de la fourmilière
-Les étapes pour nettoyer sa fourmilière
-Nettoyer le matériel d'élevage
-Nettoyer les vitres et l'extérieur
Chapitre 9 : Maladies, parasites et tout ce qui peut tuer vos fourmis
-Les 5 grands tueurs de colonies
-Parasites les plus courants et comment les gérer
-Ce qu’il ne faut surtout PAS faire quand on a un problème
-Les habitutes simples qui me permettent d’éviter 90% des problèmes
Chapitre 1 : Quel matériel choisir
L’élevage de fourmis est une activité accessible et passionnante, qui ne demande pas un gros budget pour démarrer. Que vous optiez pour une installation low-cost ou que vous souhaitiez investir dans du matériel premium, ce chapitre vous détaille tout ce dont vous avez besoin pour lancer votre colonie. Attention : le nid n’est pas la première chose à acheter ! Voici le matériel indispensable et les options pour sublimer votre expérience, tout en évitant les erreurs classiques.

Le strict minimum pour débuter (petit budget)
Pour lancer une colonie de fourmis avec un budget minimal (5-10 €), voici ce qu’il vous faut :
Tubes à essai (verre ou plastique, 15 cm) : C’est le point de départ pour votre tube de fondation, où la reine et ses premières ouvrières s’installeront. Achetez-les en pharmacie ou sur des boutiques en ligne (1-2 € l’unité), achetable sur internet sur des boutiques générales ou spécialisées dans l’élevage de fourmis.
Boîte en plastique : servira d’aire de chasse qui est l’endroit où les fourmis explorent, récoltent de la nourriture et entreposent leurs déchets.
Coton : Utilisé pour créer une barrière entre l’eau et l’espace de vie dans le tube à essai, empêcher les noyades dans les abreuvoirs, nettoyer les déchets, et boucher l’entrée du tube/nid. Trouvez du coton classique à la maison ou en supermarché (~1-2 €).
Anti-évasion : Talc non parfumé ou huile de paraffine pour empêcher les fourmis de s’échapper. On détaillera son application plus tard dans le guide (~2 €). Disponible en ligne dans les boutiques spécialisées fourmis ou trouvable facilement en supermarché et en pharmacie.
Pinceau fin : Idéal pour manipuler délicatement les fourmis sans les blesser mais aussi pour appliquer les anti évasion (1-3 €), achetable en ligne, en magasin d’art, supermarché ou bazar.
Matériel recommandé pour un entretien facilité
Pour simplifier l’entretien et éviter les erreurs, ajoutez ces outils à votre kit :
Pinces (dures et souples) :
Pince dure (5 €, droite ou courbée en acier inoxydable) : Parfaite pour retirer les déchets ou manipuler les cotons.
Pince souple (5-10 €) : Indispensable pour attraper les fourmis sans les blesser.
Seringue (5-10 ml) : Pour distribuer des liquides sucrés ou humidifier les nids. Disponible en pharmacie (~1 €) ou en version réutilisable graduée (1-5 €).

Investir dans une belle installation
Si vous voulez un setup esthétique et durable, voici des options premium :
Kits de fondation tout prêt : plusieurs marques en proposent et je crée également les miens sur ma propre boutique Access Fourmis (10-30 €).
Nids modulables : Pour commencer un module compact avec une ou deux chambres pour les reines seules et jeunes colonies (10-50 €), qui sont ensuite extensibles en achetant des modules supplémentaires au fur et à mesure de la croissance de la colonie, comme ceux que proposent mon partenaire Fourmis Shop.

Tuyaux transparents (10 mm de diamètre) : permet de relier le tube/nid à une aire de chasse, permettant d’observer les fourmis en mouvement à l’intérieur (quelques € le mètre en magasin d’aquariophilie ou disponible également directement sur les boutiques en ligne spécialisées fourmis).

Abreuvoirs et gamelles : accessoires permettant de distribuer aux fourmis eau, liquide sucré et autres types de nourriture. Pour les tout petits budgets, vous fabriquerez un abreuvoir grâce a un tube à essai et du coton, vous fabriquerez également vos gamelles avec un carré d’aluminium ou un bouchon de bouteille recoupé.

Attention : N'utilisez sous aucun prétexte des grands nids, les kits jouets en sable creusable ou ceux en gel comestible, qui sont inadaptés et dangereux (galeries instables, toxicité). Préférez des tubes à essai ou un module de fondation d’une ou deux chambres maximum.
Erreurs à éviter
Nids trop grands : les colonies stressent dans un grand nid, ce qui peut stopper leur développement et même les tuer. Restez sur un tube ou un module compact (1-2 chambres max). Les chambres vides d’un nid trop grand seront remplies de déchets par les fourmis ce qui peut provoquer le développement de bactéries et nuisibles pouvant tuer la colonie. Pour éviter cette erreur, n’achetez simplement pas de grand nid dès le début, sinon vous serez tenté de mettre vos fourmis dedans alors qu’en général on attend plusieurs années avant de proposer un grand nid.
Kits jouets en sable/gel : Les galeries de sable s’effondrent, et le gel est toxique. Si vous avez un nid creusable il est bon pour la poubelle ne mettez surtout pas vos fourmis dedans.
Conseil : Commencez simple avec un tube à essai ou module fondation et une aire de chasse, pour compenser la frustration liée au fait de ne pas pouvoir proposer de grand nid à vos fourmis, faites-vous plaisir avec une grande aire de chasse. Si vous avez des ouvrières (on en parlera plus en détail plus bas dans ce guide), vous pouvez mettre une aire de chasse aussi grande que vous voulez sans que ça stresse les fourmis, alors qu’un nid trop grand peut-être fatal pour votre colonie !
Chapitre 2 : Comment obtenir vos fourmis pour l’élevage
Maintenant que votre matériel est prêt, il vous faut… des fourmis ! Oubliez l’idée de creuser dans un nid en forêt ou de ramasser des ouvrières au hasard : c’est du pillage, une pratique non éthique qui perturbe les écosystèmes et condamne les fourmis capturées (elles meurent vite de vieillesse sans reine). En France, cela peut même être illégal pour certaines espèces protégées. Pour un élevage responsable, deux options s’offrent à vous : acheter une reine ou une jeune colonie, ou trouver vous-même une reine. La première est plus simple et rapide ; la seconde est plus gratifiante mais demande plus de patience. Laissez-moi vous présenter les deux !

Option 1 : Acheter sa reine ou sa jeune colonie (simple et rapide)
C’est la solution idéale pour les débutants pressés, qui n'arrivent pas à trouver de reine ou lorsqu'ils la trouvent, n'arrivent pas à lui faire créer sa colonie. Vous avez le choix entre espèces locales (comme les Lasius, adaptées au climat français, faciles à maintenir à température ambiante, avec diapause annuelle obligatoire pour la plupart) et espèces exotiques (tropicales, comme les Camponotus exotiques, plus colorées, nécessitant chauffage constant 24-28°C, sans diapause ou juste une pause hivernale). Les espèces locales sont plus simples à élever car adaptées à notre climat ; les exotiques se développent souvent plus vite mais demandent plus d’investissement (câbles chauffants, prix élevé, pas de possibilité de trouver la reine soi-même).
Où acheter ?
Mon partenaire Ant&Co : Spécialiste en fourmis vivantes, utilisez le code "GIGAFOURMIS" pour une réduction de 10% !
Autres sites spécialisés
Particuliers : Via groupes Facebook/Discord dédiés, ou site de vente entre particuliers.
le prix moyen pour une espèce locale est en général de 5-20 € pour une reine seule et de 20-50 € pour une jeune colonie avec 5-20 ouvrières.
Utilisez AntCheck : Ce comparateur gratuit référence les stocks en temps réel par espèce, prix, taille de colonie et vendeurs.
Comment choisir une colonie de qualité ? Pour réduire les risques d'avoir de la mortalité inexpliquée ou une colonie qui ne se développe pas malgré de bons soins :
Demandez photos/vidéos récentes de la reine + ouvrières.
Vérifiez l’historique : Date de capture/lieu de récolte.
Lisez avis vendeurs et demandez garanties (remboursement si reine morte à l’arrivée).
Ne commandez pas de fourmis françaises/européennes en hiver car durant cette période elles doivent être en diapause (je parle de la diapause plus en détail plus bas dans ce guide).
Option 2 : Trouver vous-même une reine (GRATUIT)
C’est l’aventure classique, plus longue (2 à 6 mois avant la naissance des premières ouvrières selon l'espèce) mais gratifiante : vous connaissez l’historique de la reine, vous savez d'où elle vient, elle n'a pas subit de mauvais traitements et elle est adaptée aux conditions climatiques de votre région. Avantage : c'est gratuit, très gratifiant et vous pourrez élever votre colonie à température ambiante.

Cycle de vie d'une colonie de fourmis
Avant de vous expliquer comment reconnaître et trouver une reine, je vais vous expliquer rapidement le cycle de vie d’une colonie de fourmis pour que vous puissiez comprendre ce qu’on cherche exactement.
Une colonie de fourmis est composée d’une reine (parfois plusieurs si l’espèce est polygyne, mais ce n’est pas le cas pour la majorité des espèces) et d’ouvrières, ce sont toutes des femelles. Toutes les ouvrières naissent de la reine : elle pond des œufs, qui se transforment en petites larves, qui sont nourries de protéines et qui, une fois assez grandes, se transforment en fourmi adulte en faisant une nymphe nue ou un cocon. La fourmi adulte, elle, ne grandira plus : toute la croissance se fait au stade larvaire.
Au début, une colonie de fourmis n’a que la reine. Les premières ouvrières naissent, et au fil des années, de plus en plus naissent jusqu’à ce que la colonie soit assez grande et vieille pour atteindre sa maturité sexuelle. À ce moment-là, la colonie ne met plus au monde que des ouvrières mais se met à produire des princesses et des mâles, qu’on appelle les sexués (ce sont les fameuses fourmis volantes). Quand la période est propice, ils s’envolent pour se reproduire avec les sexués des autres colonies de la même espèce. Une fois la parade nuptiale accomplie, les mâles vont mourir (ils ne vivent que pour la reproduction) et les princesses vont tomber au sol et s’arracher les ailes, signe qu’elles sont bien fécondes. Après quoi, elles vont s’enfermer dans un petit trou pour y créer leur colonie.
Et nous, on veut attraper une reine après la reproduction, juste avant qu’elle ne s’enterre !
Reconnaître une reine
Apparence : Corps robuste, thorax épais, abdomen/gastre gonflé (gros derrière). Antennes coudées (en 2 parties). Souvent sans ailes (signe de fécondation réussie) ou en train de les perdre, une fois qu'elle les a perdues elle présente sur les côtés de son thorax des cicatrices. Taille : plus grande que les ouvrières, même si les reines de certaines espèces sont très petites (ex : Pheidole, Themnothorax, Tetramorium, Myrmica, etc...).
Évitez les reines ailées, car elles sont la plupart du temps non fécondées. On les trouve près des nids accompagnées des ouvrières ou en vol pendant la parade nuptiale.
Ne pas confondre avec les mâles : Corps fin, abdomen effilé, antennes droites, tête petite. Inutiles pour l’élevage (meurent après accouplement).
Ne pas confondre avec de grosses ouvrières : parfois tête large (major), corps fin et abdomen/gastre bien gonflé.




Quand et Où Chercher ?
Saison : Avril-octobre, pics en chaleurs juste avant ou après une grosse pluie (juillet-août). Les plus gros essaimages se déclenchent en été après des orages, mais on peut également trouver des reines, en plus petite quantité, lorsqu'il n'a pas plu.
Heure : Fin d’après-midi/soirée (16h-23h) ou très tôt le matin (6-7h). Nocturne pour certaines espèces.
Meilleurs Lieux et Techniques
1. En Nature : Prairies, bords de chemins, jardins. Cherchez sur sol, pierres, plantes. Astuce : ça peut paraître bizarre, mais j'en ai souvent trouvé sur des murets blancs ou des façades claires qui contrastent avec la couleur des fourmis qui est souvent sombre.
2. Piscines : les reines attirées par l’humidité tombent dans les piscines par centaine, avec cette technique elles ont quasiment toujours des ailes (mais sont souvent fécondées, elles n'ont simplement pas eu le temps de les enlever avant de tomber à l'eau). Si vous ou un proche a une piscine, aller-y le plus souvent possible durant toute la saison des
essaimages, c'est une technique redoutablement efficace. Récupérez avec récipient, séchez sur papier absorbant, même si les reines ont l'air mortes ; car elles se réveillent parfois après avoir été séchées.
3. Lampadaires : Inspectez sol autour (chemin, parcs, parkings) après orages.
Matériel à prendre lors de vos sorties : Lampe (s'il fait nuit), tube à essai ou autre récipient, pince souple/pinceau. Soyez délicat : une reine suffit ! Ne dérangez pas les nids existants ou les sexués qui sont en pleine reproduction. Placez un morceau de papier ou de coton dans votre récipient de récolte pour que la reine puisse s'accrocher dessus, lorsque vous marchez, ça évitera qu'elle soit secouée dans tous les sens.
Conseil : Pour l'expérience et la gratification que ça procure, commencez par essayer de capturer vous-même votre reine ! Si vous n'y arrivez pas, ou que vous en trouvez une, mais n'arrivez pas à la faire se développer, passez à l’achat d'une colonie qui a déjà quelques ouvrières.
Chapitre 3 : Faire fonder la reine
Maintenant, place à la phase de fondation, où la reine va pondre ses premiers œufs et élever sa première génération d’ouvrières. Si vous avez acheté une jeune colonie avec ouvrières, ce chapitre n’est pas directement pour vous – passez au Chapitre 4 pour les soins spécifiques. Cependant, lisez quand même : les astuces ici (calme, humidité, patience) sont essentielles pour toutes les colonies peu importe leur avancée ! Si vous avez une reine seule (capturée ou achetée), voici comment en prendre soin pour maximiser ses chances de succès.

Les besoin de la reine : calme, confinement et patience
Une reine fourmi est incroyablement autonome, mais fragile pendant la fondation. Dans la nature, après son vol nuptial, elle s’enterre dans un petit espace sombre pour pondre en toute sécurité. Vous devez recréer des conditions similaires. Voici les clés :
Calme absolu : La reine stresse facilement. Les vibrations (taper sur la table, musique forte) ou les variations de lumière fréquentes peuvent l'empêcher de pondre ou la pousser à manger ses oeufs si elle a déjà pondu. Placez-la dans un endroit tranquille (pas près d’une enceinte, télé, ou tiroir qui claque) et couvrez le tube pour le garder dans le noir.
Tube de fondation : Votre reine a besoin d’un tube à essai avec 1/4 d’eau, un coton compacté pour maintenir l’humidité, et un autre pour fermer l’entrée. Ce setup simple imite son environnement naturel. Vous pouvez aussi la maintenir dans un nid fondation type Fourmis Shop. À ce stade-là, pas de vrai nid, la reine a besoin de vivre dans un espace confiné. Si vous voulez voir en détail comment préparer le tube, je vous insère une vidéo à la fin de ce guide qui reprend en image tout ce que je vous explique ici.
Patience : Oubliez votre reine ! Résistez à l’envie de vérifier toutes les heures. Regardez une fois toutes les deux semaines maximum pour éviter de la perturber. Les œufs (petits points blancs) apparaissent généralement en 1-2 semaines (tout dépend de l'espèce, certaines ne pondront qu'après la diapause), mais le cycle complet (œuf → larve → nymphe/cocon → ouvrière) prend en moyenne 2 mois.

Doit-on nourrir la reine ?
La plupart des reines utilisent leurs réserves internes (muscles alaires dissous et nourriture fournie par la colonie mère) pour nourrir leurs premières larves. Elles n’ont pas besoin de nourriture extérieure pendant la fondation, imitant la nature où elles restent isolées.
Mon approche : Je ne nourris jamais mes reines au début, pour respecter leur cycle naturel et éviter de les stresser. Cependant, je fais une exception pour :
Les reines faibles avec un gastre (leur derrière) anormalement maigre (signe de réserves faibles et de mauvaise santé).
Les reines ayant perdu une première génération d’ouvrières.
→ Dans ces cas, offrez une goutte de liquide sucré (sirop bio dilué dans l’eau, veillez à ce que la préparation soit bien liquide) sur un bout de coton à l’entrée du tube, à l’aide d’une seringue, retirez la boule de coton sucrée après quelques heures puis laissez la reine tranquille. Pour une reine qui a perdu ses premières ouvrières, il faudra aussi donner régulièrement des petits morceaux d'insectes, pour qu'elle ait assez de protéine pour élever de nouvelles ouvrières depuis le départ (donc pondre des oeufs puis faire grossir ses larves).
Attention : Certaines espèces exotiques ou locales nécessitent de la nourriture dès la fondation (insectes et liquide sucré), ce sont ce qu'on appelle des reines semi-claustrale. Dans la nature, elles font des excursions à l'extérieur de leur petit terrier pour récolter de la nourriture. Pour savoir si c’est le cas de votre reine :
Identifiez l’espèce : Envoyez photos nettes, date/lieu de récolte et taille (en mm) sur mon forum Discord GIGAFOURMIS ou d'autres groupes de passionnés.
Consultez des fiches d’élevage pour confirmer les besoins spécifiques.
Pour nourrir une reine seule qui en a besoin, connectez une petite aire de chasse à son tube ou nid fondation et proposez-lui de la nourriture deux fois par semaine pour un apport stable.
Ne connectez en aucun cas une aire de chasse à une reine seule qui n'a pas besoin d'être nourrie avant l'arrivée des ouvrières, ça lui provoquera beaucoup de stress.
Combien de temps pour avoir les premières ouvrières ?
Le délai varie selon l’espèce :
Cycle moyen : De l’œuf à l’ouvrière, comptez 2 mois en moyenne, certaines espèces les ont en 1 mois et demi (ex : Pheidole pallidula).
Reines capturées en automne : Pour des espèces qui font leur essaimage tard, comme les Messor barbarus ou les Crematogaster scutellaris, les premières naissances n’arrivent en général qu’après la diapause (repos hivernal, voir Chapitre 8), soit environ 6 mois après la capture. Exemple : reine capturée en septembre → diapause (début novembre jusqu'à fin février) → ponte en mars/avril → ouvrières en fin avril, mai ou juin.
Schéma du cycle de développement :
1. Œuf : Petits points blancs.
2. Larve : Nourrie par la reine ou les ouvrières.
3. Nymphe : Nue ou dans un cocon, selon l’espèce.
4. Ouvrière : Adulte, ne grandit plus, active immédiatement.

Erreurs à éviter
Trop manipuler : Vérifier tous les jours stresse la reine et freine voire empêche la ponte, dans les pires cas elle peut même manger ses oeufs.
Mauvaise humidité : Vérifiez que le coton soit humide mais pas trop. Un coton pas assez compact qui serait trop imbibé peut créer une inondation dans le tube qui peut entraîner la perte du couvain.
Nourrir inutilement : Sauf cas spécifiques, ne donnez pas à manger avant les premières ouvrières.
Conseil : Notez quelque part la date de capture, ça vous permettra de connaître l'âge de votre colonie au fil des années si vous réussissez votre élevage.
Chapitre 4 : Comment s'occuper des premières ouvrières
Vous entrez maintenant dans une étape excitante : gérer une jeune colonie. Ce chapitre explique comment connecter une aire de chasse à votre tube de fondation et comment nourrir votre jeune colonie, que vous l'ayez déjà achetée avec ses premières ouvrières ou que vous ayez réussi à faire fonder une reine qui était seule.

Connecter une aire de chasse
L’aire de chasse (ou aire de fourragement) est l’espace où vos fourmis explorent, se nourrissent et déposent leurs déchets. Elle devient essentielle dès l’apparition de la première ouvrière. Voici comment la mettre en place, avec des options petit budget et premium.
Options low-cost : une boîte simple
Matériel : Une boîte en plastique (ex : boîte de bonbons, tupperware, grande boîte de rangement 2-5 €). Retirez les étiquettes pour une bonne visibilité et les couvercles pour une bonne aération. Avantage : Ultra-économique.
Installation :
Posez votre tube de fondation directement dans la boîte.
Stabilisez-le avec un cure-dent fixé par un élastique ou de la pâte à fixer pour éviter qu’il ne roule.
Appliquez un anti-évasion sur les bords internes de la boîte (largeur 1 cm) : Talcool (mélange talc sans parfum + alcool, 5 € sur Access Fourmis) ou huile de paraffine (achetable en pharmacie ou sur Access fourmis). Attention : N’utilisez qu’une fine couche d’huile et essayez le surplus qui coule le long des parois, car les fourmis peuvent s'y noyer.
Astuce : Percez un petit trou de 10 mm de diamètre dans la boite pour connecter un tuyau plus tard pour les futurs agrandissements d'installation ou déménagements.



Options premium : aires de chasse prêtes à l'emploi
Vous pouvez acheter une aire de chasse prête à l'emploi sur la plupart des sites de vente de matériel d'élevage de fourmis ; elles sont déjà plus esthétiques qu'une boîte en plastique et ont en général des aérations et des systèmes de connexion pour pouvoir par la suite étendre la fourmilière avec des modules supplémentaires.
Pour connecter votre tube/nid par l'extérieur à votre ADC (aire de chasse), utilisez un tuyau souple (10 mm de diamètre, la plupart des marques utilisent ce diamètre pour leurs ports de connexion). Si vous utilisez un nid, branchez directement le tuyau dans un de ses ports ; si vous utilisez un tube à essai, reliez-le avec du coton compacté ou avec un adaptateur dédié.


Option alternative : utiliser un aquarium
Vous pouvez aussi trouver une cuve d’aquarium quelconque : plus elle est longue et large, mieux c’est ; la hauteur importe peu. Installez-y directement le nid de vos fourmis. Pour le sécuriser, mettez du scotch sur les jointures et appliquez de l’anti-évasion sur le dessus et sur les parois.
J’utilise cette méthode avec une colonie de fourmis qui peut vivre dans un nid totalement sec. Le nid est fixé par l’intérieur à une paroi de l’aquarium grâce à des aimants ; l’aquarium sert alors d’aire de chasse. On peut aussi faire la même chose avec un tube à essai, comme dans la technique de la boîte en plastique.


Erreurs à éviter pour l'aire de chasse
Décorations inutiles : Pas de sable, gravier ou substrat dans l’aire de chasse, sauf si vous êtes expert en bricolage et savez faire un sol adapté à l'élevage de fourmis (ce qu’on n’aborde pas ici, mais encore une fois, demandez conseil sur mon discord). Pas de décoration inutile non plus, comme des pierres ou des déco artificielles qui rendront le nettoyage des déchets plus difficile. Une aire de chasse vide facilite le nettoyage des restes alimentaires et des autres déchets.
Taille de l'ADC (aire de chasse) : Contrairement au nid qui doit toujours être adapté à la taille de la colonie et ne jamais être trop grand, une ADC peut être de la taille que vous voulez sans que ça ne stresse les fourmis. Faites-vous plaisir et investissez dans une qui est très grande, pour que les fourmis puissent mieux explorer mais aussi pour faciliter l'entretien. Une erreur régulière que j'observe chez les débutants est qu'ils prennent des nids beaucoup trop grands avec des ADC beaucoup trop petites, inversez ça et priorisez un nid compact relié à une très grande zone d'exploration.
Électricité statique : si vous achetez ou fabriquez une aire de chasse en acrylique, pensez à la rincer abondamment avant d’y mettre vos fourmis pour éliminer l’électricité statique.
Nourrir votre jeune colonie
Avec l’arrivée des ouvrières, il est temps de nourrir la colonie. L’alimentation dépend de l’espèce (identifiez-la via mon Discord GIGAFOURMIS ou autres groupes de passionnés). En général, les fourmis se divisent en deux groupes : celles qui mangent principalement liquide sucré + insectes (ex. : Lasius, Camponotus et Formica) ou graines + insectes (ex. : Messor).
Attention : Les insectes sont essentiels pour la quasi-totalité des espèces en élevage, même Messor barbarus, contrairement à une idée reçue qui dit qu'elles peuvent se contenter que de graines. Dans la nature, les Messor se nourrissent quasiment que de graines, mais en captivité, leur donner des insectes est obligatoire pour un élevage réussi. Si vous n'êtes pas prêt à stocker des insectes dans votre congélateur (explications plus bas) pour en donner plusieurs fois par semaine à vos fourmis, vous pouvez oublier l'idée de lancer un élevage.

Liquide sucré
Le liquide sucré est la base de l'alimentation des fourmis, il sert principalement à nourrir les ouvrières, c'est un peu comme leur carburant. Pour le préparer, mélangez 20-40% (environ) de sirop bio (fruits ou érable, variez les goûts) ou autre base sucrée bio (confiture, carré de sucre) avec 60-80% d’eau. Pour que les fourmis arrivent à la consommer, veillez à ce que votre préparation soit toujours bien liquide, les jeunes colonies ont du mal à exploiter un liquide sucré trop épais.
Déposez votre liquide sucré dans une petite gamelle (bouchon de bouteille découpé, carré d'aluminium ou gamelle dédiée), c'est toujours mieux de salir une gamelle qu'on peut nettoyer facilement en la retirant que de salir le sol de l'aire de chasse qui sera plus dur à nettoyer.
Donnez au début de petites quantités plusieurs fois par semaine (2-3 fois). Retirez les restes à chaque nouveau nourrissage pour éviter le développement de moisissures et acariens. Augmentez les doses si vous voyez que votre colonie finit rapidement ce que vous lui avez donné. Lorsqu'elles en consommeront beaucoup, vous pourrez directement distribuer vos liquides sucrés dans des abreuvoirs, mais c'est inutile avec une jeune colonie, car le liquide sucré va moisir avant qu'elles n'aient fini de le consommer.
Vous pouvez conserver le liquide sucré au frigo pour le prochain nourrissage pendant quelques jours, mais attention à vérifier qu'il n'a pas moisi avant d'en distribuer (quand il a moisi, il dégage une odeur, alors qu'il est inodore lorsqu'il est bon). Un liquide sucré périmé peut empoisonner votre colonie.
Attention : Pas de miel, même bio ! Il arrive régulièrement qu'il provoque la mort de colonies entières en élevage, on ne peut pas contrôler où butinent les abeilles donc un miel ne peut jamais être totalement bio.

Insectes
Pour que votre colonie se développe elle a besoin d'insectes de qualité. Ils serviront à nourrir les larves mais aussi la reine, soit directement apportés en morceaux par les ouvrières, soit par le biais d'une sorte de mixture qu'elles préparent à l'intérieur de leur corps et qu'elles distribueront par trophallaxie (un genre de bouche à bouche qui permet aux fourmis de communiquer et de s'échanger de la nourriture).
Choisissez des insectes frais d'élevage (blattes, grillons, criquets), vous les donnerez morts, coupés en deux, pour faciliter l'accès à la chair. Évitez les vers de farine pour les jeunes colonies – ils sont souvent boudés.

Préparation :
Achetez des boîtes d'insectes en animalerie, en bourse terrariophile ou sur des boutiques en ligne spécialisées (3-6 euros la boîte). Prenez-en 2-3 pour être tranquille quelques temps.
Nourrissez les insectes vivants avec un morceau de fruit ou de légume (par exemple : pomme, carotte ou banane) et laissez-les manger pendant plusieurs heures (ce qui permet de les réhydrater). Pour les nourrir entre-ouvrez la boîte dans laquelle vous les avez achetés pour mettre dedans la nourriture, pas besoin de les sortir de celle-ci.
Après les avoir laissés manger plusieurs heures, mettez la boîte entière au congélateur (avec tout ce qui a dedans), une fois que tous les insectes sont bien morts sortez la boîte, séparez les insectes de la nourriture et des boîtes d'oeufs, ce qui vous permettra de récupérer facilement les proies à chaque nourrissage. Pour conserver les insectes sans que ça fasse "crado" dans le congélateur, mettez-les dans une boîte ou dans un sachet opaque. Vous pouvez les laisser plusieurs mois dedans, ils seront parfaitement conservés.
À partir de là, vous n'avez plus qu'à vous servir dans votre réserve d'insectes à chaque nourrissage.
Fréquence de distribution : Donnez 1-2 morceaux d’insecte 2-3 fois par semaine en même temps que les liquides sucrés. À chaque nourrissage, retirez les restes de la distribution précédente.

Erreur à éviter :
Insectes ramassés dehors : Moins riches en protéines, risques de pesticides et souvent porteurs de parasites transmissibles aux fourmis (surtout mouches, souvent contaminées). Si jamais vous donnez quand même des insectes ramassés par vous-même, congelez-les 72 heures pour éliminer les parasites qu'ils pourraient porter.
Insectes lyophilisés/séchés : Peu nutritifs, les fourmis n'arrivent pas à les manger. Depuis que je fais ce métier, je n'ai jamais vu une colonie bien se développer avec ça !
Sous-alimentation : Trop peu d’insectes ou pas du tout = colonie stagnante qui ne se développera jamais. Si vous n’êtes pas prêt à donner des insectes régulièrement, abandonnez l’élevage de fourmis.
Insectes vivants : la plupart des fourmis ne sont pas chasseuses, leur donner des insectes vivants est une grande source de stress qui peut conduire à la mort de la colonie ; la proie vivante va parfois carrément rentrer dans le nid et manger le couvain ou blesser la reine.

Graines (pour certaines espèces)
Pour certaines espèces la base de leur alimentation n'est pas le liquide sucré mais le pain de fourmi, qui est fabriqué à partir de graines qu'on doit leur donner en élevage.
Espèces concernées : En espèce endémique on a par exemple toutes les Messor (M. barbarus, capitatus, structor, etc) et en espèce exotiques on a par exemple les Pogonomyrmex ou les Acanthomyrmex (liste non exhaustive, renseignez-vous sur les espèces avant de les acheter).
Type : Mélanges pour oiseaux canaris (achetable en supermarché ou sur Access Fourmis) ou graines variées (mes fourmis adorent les graines de lin brun bio, disponible également sur ma boutique). C'est mieux quand c'est Bio pour éviter les pesticides, mais je n'ai jamais eu de problème jusqu'ici avec les mélanges non bio.
Distribution : Donnez un petit tas de graines, les fourmis vont les trier (car elles ont leurs préférences) et les stocker dans un coin de l'aire de chasse, dans le tube à essai ou dans une pièce sèche du nid. Le lendemain de la distribution, retirez les graines qui n'ont pas été récoltées. Plus la colonie est grande plus il faut lui fournir de graines. Il n'y a pas de règle fixe, adaptez-vous à votre colonie et ne donnez pas trop de graines à une jeune fondation qui ne pourra pas bien gérer un grand stock.


Eau
Les fourmis ont besoin d'eau, elles s'hydratent grâce à l'humidité ambiante qui est dans le nid par le biais de pores dans leur "peau" (leur cuticule). L'humidité dans le nid pouvant être instable ou non suffisante, je vous conseille d'avoir en permanence un abreuvoir à eau dans votre aire de chasse. Il permettra aux fourmis d'avoir un deuxième endroit où s'hydrater si jamais le système de votre nid n'était pas suffisant. De plus, un abreuvoir à eau aide les fourmis granivores à fabriquer le pain de fourmis.

Plusieurs options :
Low-cost : tube à essai rempli d’eau, fermé par un coton pas trop compacté, il doit être assez épais pour ne pas que l'eau coule mais assez tendre pour être toujours mouillé. Fixez-le dans l’aire avec un morceau de pâte à fixer ou en l'entourant d'un élastique tenant un cure-dent, le but est d'éviter que le tube ne roule et écrase les fourmis si vous déplacez la fourmilière.
Premium : Abreuvoirs spécialisés (5 à 10 € sur ma boutique Access Fourmis, sur Fourmis Shop ou sur d'autres boutiques). Quand vous avez une jeune colonie d'une petite espèce, placez du coton dans l’abreuvoir pour réduire les risques de noyade.
Conseil : Identifiez votre espèce pour adapter le régime (ex. : Lasius = liquide sucré + insectes ; Messor = graines + insectes). Trop de nourriture = moisissures ; trop peu = pas de développement. Observez et ajustez !

Pourquoi vos jeunes colonies ne bougent pas ?
Si votre reine et vos premières ouvrières restent immobiles dans le tube ou au fond de l’aire de chasse, pas de panique : c’est totalement normal ! J’ai vu trop de débutants s’inquiéter parce que leurs fourmis ne courent pas partout comme dans mes vidéos de nourrissage. Voici pourquoi elles semblent inactives et pourquoi il faut respecter leur rythme :
- Instinct de survie : Une jeune colonie avec 1 - 100 ouvrières est très vulnérable. Dans la nature, sortir en plein jour, c’est risquer de se faire attaquer par un oiseau, un lézard ou un autre prédateur chassant à vue. Par instinct, elles restent discrètes et bougent surtout la nuit ou dans la pénombre. Essayez d’observer en soirée (18h-22h) ou de nuit, sans toucher à la fourmilière, pour espérer voir une ouvrière sortir. De plus, quand il n'y a qu'un petit nombre d'ouvrières, la colonie a besoin de peu de nourriture ; Une fois qu'elles en ont assez récolté, elles restent immobiles dans le tube/nid pour économiser leur énergie. Elles sortiront à nouveau quand elles commenceront à manquer.
- Acclimatation : Que votre colonie vienne d’une capture ou d’un achat, les fourmis ont besoin de temps pour s’habituer au tube et à l’aire de chasse. Les vibrations, le transport ou les changements de lumière peuvent retarder leur acclimatation. Même si c'est le moment où on a le plus envie d'aller les embêter, il faut quand on vient de les installer, les laisser tranquilles quelques temps pour ne pas les perturber, prenez votre mal en patience !
- Rythme lent : Sauf pour des espèces dynamiques à croissance rapide (comme les Pheidole ou certaines Camponotus exotiques), les jeunes colonies sont peu actives pendant des mois. Leur priorité, c’est protéger la reine et le couvain, pas faire des allers-retours spectaculaires pour vous impressionner. Par exemple, les Messor barbarus peuvent sembler « endormies » jusqu’à atteindre 300-400 ouvrières (sauf quand on touche à leur installation, là elles courent dans tous les sens à cause du stress).
Conseil : Ne touchez pas au tube pour les forcer à bouger ou à déménager et évitez les variations brusques de lumière ! Observez dans le calme, sans enlever les caches/couvercles et sans déplacer l'installation des fourmis. Chaque colonie a son propre rythme, comme je le montre dans mes vidéos sur ma chaîne YouTube. Soyez patient, ça peut prendre du temps avant que votre colonie devienne active.

Erreurs à éviter
Aire de chasse surdécorée : Substrat/sable et décorations inutiles compliquent le nettoyage et favorisent le développement de nuisibles.
Mauvaise application de l'anti-évasion : Trop mettre d’huile va faire qu'elle va couler le long des parois et créer des flaques dans lesquelles les fourmis vont venir se noyer.
Ne pas donner assez d'insectes : si la colonie n'a pas assez de protéines issues d'insectes de qualité elle ne se développera tout simplement pas (même les Messor !).
Liquide sucré trop épais : les jeunes colonies n'arriveront pas à se nourrir si la préparation n'est pas bien liquide.
Chapitre 5 : le nid
Petit rappel important avant de commencer : les débutants pensent souvent en premier à acheter un nid spectaculaire, mais en réalité, un vrai nid (sauf module fondation) est une étape réservée à une colonie déjà bien lancée. Au début, concentrez-vous sur l’aire de chasse (comme expliqué au Chapitre 4), c’est là que vous pouvez vous faire plaisir ! Les fourmis ont besoin de nicher dans un espace compact pour se sentir en sécurité et bien se développer. Un nid trop grand, trop tôt, causera du stress et empêchera la colonie de se développer.
Si votre colonie compte maintenant plusieurs dizaines/centaines d’ouvrières et remplit complètement son tube ou nid fondation, il est peut-être temps de lui offrir un nid plus grand. Ce chapitre vous présente les différents types de nids, ceux qu'il faut éviter mais aussi quand et comment déménager les fourmis.

Quand transférer vos fourmis dans un nid ?
Il n’existe pas de règle fixe : tout dépend de l’espèce, de la taille de la colonie et du comportement des fourmis. Voici les indicateurs fiables :
- Remplissage complet : Attendez que les fourmis soient compactées les unes sur les autres dans le tube ou nid de fondation (généralement 30-100 ouvrières, selon la taille de l’espèce).
- Espèces granivores (Messor, Pogonomyrmex) : Prévoyez 2-3 pièces sèches supplémentaires pour le stockage des graines (grenier).
- Comportement : Si les fourmis cherchent à s’évader (grimpent aux parois, creusent le coton), c’est souvent un signe de manque de place, d’humidité, de chaleur, d’eau ou de nourriture.
Erreur la plus courante : agrandir trop tôt. Je n’ai jamais vu un débutant regretter d’avoir attendu trop longtemps – par contre, j'en vois tous les jours mettre un nid trop grand (ce qui stresse la colonie, stoppe la croissance et favorise le développement de moisissures/parasites). Laissez-les 2-3 ans dans un tube ou un nid de fondation si nécessaire !
Les différents types de nid
Voici les principaux types adaptés à l’élevage (on ne traite pas ici les terrariums, qui mériteraient un guide dédié) :
Type de nid | Avantages | Inconvénients | Prix Approx. | Recommandé pour |
Impression 3D | Agrandissement facile (si modulable), design moderne, pièces sèches possibles et gestion d'hygrométrie facilitée. Possibilité de les imprimer soi-même si on a une imprimante 3D. | Revient cher pour les grandes colonies. | 5-30 euros par module. | La plupart des espèces. |
Béton cellulaire (Ytong) | Pas cher, facile à humidifier, aspect naturel. On peut les fabriquer soi-même facilement. | Peut-être creusé par les espèces foreuses, se bouche rapidement avec l'eau du robinet (calcaire) ce qui rend l'humidification compliquée à long terme. | 5-30 euros par nid selon la taille et la marque. | Espèces non granivores (Lasius, Camponotus), fourmis nécessitant une grande hygrométrie, Ponérines. |
Acrylique/Plexiglas | Transparent, esthétique, impossible à creuser. | Plus cher, humidification via réservoir qui n'est pas toujours pratique. | 20-50 euros par nid selon la taille et la marque. | Espèces peu exigeantes ne demandant pas trop d'humidité. |
Pierre reconstituée | Look naturel, solide et pièces sèches. | Lourd, peu de choix de taille. | 30-80 euros | La plupart des espèces. Setups premium. |
Conseil : Pour les granivores (Messor), évitez le béton cellulaire (pas de grenier sec). Préférez impression 3D, pierre reconstituée ou acrylique avec zones sèches.

Fabriquer son propre nid
Vous pouvez fabriquer votre nid vous-même – il existe plein de techniques DIY (béton, plâtre, mortier, bois, etc.). Je ne les explique pas ici car je ne maîtrise pas encore toutes les méthodes, et certaines demandent un vrai savoir-faire. Je me répète mais certains membres de mon forum d’entraide Discord sont excellents : posez vos questions là-bas !
Si vous avez une imprimante 3D : Téléchargez des modèles, mais attention – beaucoup en ligne sont inadaptés (pas de système d’humidification, galeries trop grandes, matériaux toxiques). Testez toujours avant utilisation.

Les nids en sable/gel bleu creusable
Attention aux nids en sable creusables, en gel bleu ou aux kits « jouets » destinés aux enfants : mettre vos fourmis là-dedans, c’est les condamner à une mort certaine.
Les galeries de sable s’effondrent sur les fourmis et le gel est toxique. Je n’ai jamais vu, de toute ma carrière d’éleveur de fourmis, quelqu’un réussir son élevage dans un nid en sable creusable. Tous les retours que j’ai de mes abonnés font état de galeries qui s’effondrent et de gros problèmes pour gérer l’humidité. Je leur dis toujours la même chose : le nid est bon pour la poubelle, il faut absolument déménager les fourmis pour les remettre en tube ou dans un nid de taille adaptée. C’est une aberration que ces nids soient encore en vente libre alors qu’ils sont dangereux pour les fourmis. Faire une fourmilière creusable, c’est possible, mais il faut quelque chose de bien plus large que ce qu’on trouve actuellement en vente et un substrat adapté, pas juste du sable.
Si vos fourmis sont dedans : sortez-les immédiatement avec la technique de déménagement ci-dessous !


Comment déménager vos fourmis ?
Dans l’élevage de fourmis, il y a plusieurs raisons qui peuvent nous pousser à faire déménager notre colonie d’un nid à un autre, je vais vous livrer ici une technique simple pour le faire en douceur.
Méthode simple
1. Connectez le tube/nid de fondation actuel directement au nouveau nid par un tuyau souple de 10 mm (taille la plus répandue sur les boutiques spécialisées en élevage de fourmis) grâce à :
Un adaptateur prêt à l'emploi (vendu sur Access Fourmis)
Un adaptateur DIY avec du coton (gratuit)

2. Créez de meilleures conditions :
Lumière : Laissez l’ancien tube/nid à la lumière forte (lampe de bureau) et placez le nouveau tube/nid dans le noir (couvrez avec du carton ou un cache).
Humidité : Humidifiez le nouveau nid au taux idéal (voir fiche espèce) et arrêtez d’humidifier l’ancien. Pour les tubes à essai, le nouveau doit avoir une réserve d'eau remplie.
Chauffer le nouveau nid (selon espèce) : Ne chauffez pas si vous élevez des espèces françaises communes (Lasius, Camponotus, Formica), pour elles la température ambiante suffit. Chauffez uniquement pour les espèces du sud de la France (Crematogaster, Pheidole, Messor barbarus) ou exotiques : 25-28 °C (vérifiez la fiche de votre espèce – certaines préfèrent une température ambiante, d’autres 24-30 °C). Utilisez un système de chauffe uniquement sur le nouveau nid.
Attendre plusieurs jours, parfois plusieurs semaines que les fourmis déménagent.
Si après tout ça, au bout de plusieurs jours/semaines la colonie ne déménage pas, vous pouvez surchauffer progressivement l'ancien nid pour les forcer à l'abandonner du moment qu'elles ont pris connaissance de l'existence du nouveau.
3. Option intermédiaire : Branchez le tube/nid actuel à une aire de chasse, elle-même reliée au nouveau nid lorsque vous ne pouvez pas connecter directement l'ancien au nouveau.
Temps : pour que les fourmis déménagent, ça peut prendre quelques heures à plusieurs semaines, selon le caractère de la colonie mais aussi son niveau de développement (plus d’ouvrières = plus rapide à déménager).
Si jamais après un certain temps vos fourmis ne veulent toujours pas déménager, vérifiez bien si la nouvelle installation est vraiment adaptée à leurs besoins avant d’envisager un déménagement en force qui peut être nécessaire dans certains cas urgents. Bien qu'en général, on évite de déménager en force les fourmis car le stress peut tuer la colonie.


Alternative : ajouter un deuxième tube à essai
Si vous n’êtes pas prêt pour un nid, ajoutez un deuxième tube à essai.
Pour ça, il existe des nids permettant de relier différents tubes entre eux (comme mon nid double tube montré plus tôt). Si vous utilisez la technique du tube posé dans une boîte (qui sert d'aire de chasse), vous pouvez simplement poser le deuxième tube à côté du premier dans la même boîte.
Selon l’espèce :
- Humidité modérée (ou besoin de pièces sèches comme les Messor) : 1 tube avec réserve d'eau + 1 tube sec (le tube sec peut être un ancien tube humide dont la réserve s'est vidée).
- Forte humidité : 2 tubes humides.

Chapitre 6 : paramètres d’élevage
On sépare ici les paramètres en deux axes principaux : température et humidité. Je complète avec des conseils sur la ventilation et la lumière, souvent négligés. L’objectif : créer un gradient pour que les fourmis choisissent elles-mêmes leur zone idéale. Toujours vérifiez la fiche de votre espèce.
Température
Les fourmis de France se contentent généralement de température ambiante. Pas de chauffage pour les Lasius, les Camponotus ou les Formica.
Exceptions :
- Si vous habitez hors du sud de la France et élevez des espèces méridionales (Crematogaster scutellaris, Messor barbarus, Pheidole pallidula, Camponotus cruentatus, etc), l’ambiante 20-24 °C est trop basse. Proposez un point chaud dans le nid à 25-27 °C.
- Espèces exotiques (Asie, Amérique du Sud, Afrique) : chauffage obligatoire (24-30 °C selon les espèces).
Comment chauffer ?
Achetez un câble ou un tapis chauffant d’une puissance de 5 W ; cela suffira même pour de gros nids. Vous en trouverez facilement en animalerie ou sur les sites spécialisés en élevage de fourmis/terrariophilie.
Procurez-vous aussi un thermostat ou un thermomètre : ils sont indispensables pour contrôler précisément la température et éviter les surchauffes, car la température monte très vite dans un espace clos et humide comme un nid de fourmis.
Vous pouvez placer le tapis chauffant sous une partie du nid. Si vous n’utilisez pas de thermostat, placez toujours le système de chauffe sur le côté et jamais directement en dessous du nid : le mettre juste en dessous peut faire monter la température très rapidement et tuer les fourmis. Ne placez jamais le système de chauffe sous un système d’humidification afin d’éviter la formation de condensation.
Pour créer un gradient thermique, ne chauffez jamais tout le nid. Vous pouvez également couper le chauffage la nuit afin de simuler la différence de température jour/nuit que connaissent les fourmis dans la nature.
L’aire de chasse peut être laissée à température ambiante pour la plupart des espèces – personnellement, je ne chauffe jamais les miennes.

Humidité
Comme pour la température, le mieux est d'avoir un gradient : partie sèche + partie humide. Adaptez-vous aux besoins de l’espèce. À part ça, il n’y a pas de règles fixes : je m’adapte selon l’espèce. Si j’ai un peu trop humidifié, je réduis pendant quelques jours pour que le nid s’aère ; si je n’ai pas assez humidifié, j’augmente légèrement jusqu’à atteindre un taux qui permet à ma colonie de se développer.
Hormis le fait de placer un thermomètre-hygromètre dans le nid pour contrôler précisément l’humidité, je n’ai pas de techniques précises à vous donner. Humidifiez toujours petit à petit : s’il en manque, vous pourrez toujours en rajouter un peu, alors que si vous en mettez trop d’un coup, vous risquez de provoquer une inondation.
Attention, un taux d’humidité trop élevé peut bloquer le développement de la colonie.
Pour l'humidité les nids Fourmis Shop (dont je suis ambassadeur) sont excellents – ajoutez/retirez simplement des bouteilles d’hydratation pour faire un nid qui est plus ou moins humide.
Espèces locales : en général je mets des bouteilles hydratation dans la moitié des nids et ça suffit.
Exotiques : je m'adapte selon l'espèce, je mets par exemple des bouteilles d'hydratation dans tous les nids à celles qui ont besoin de forts taux d'humidité.
Espèces xérophiles (comme les Crematogaster) : Nid totalement sec avec constamment un abreuvoir à eau dans l'aire de chasse, mais tube humide au début pour faciliter la fondation.

Astuces pratiques
Pour préserver le système d’humidification de votre nid, le mieux est d’utiliser de l’eau déminéralisée : le calcaire présent dans l’eau du robinet va abîmer les nids.
Chauffer près d’un système d’humidification augmente l’hygrométrie (idéal pour espèces tropicales).
Toujours mettre un abreuvoir dans l’aire de chasse (un petit pour une jeune colonie, et un gros ou plusieurs pour une grande). Cela permet d'avoir une sécurité anti-déshydratation si jamais le système d'hydratation du nid se bouche à cause du calcaire ou si vous oubliez de le remplir. Attention cependant, un abreuvoir seul ne suffit pas à hydrater une colonie entière si ce n'est pas une espèce xérophile.

Condensation
Comme expliqué plus tôt, chauffer votre fourmilière à proximité d’un système d’humidification peut provoquer la formation de condensation. Celle-ci, en plus d’altérer la visibilité à l’intérieur du nid, est le signe d’une humidité trop élevée pour la plupart des espèces.
La condensation n’est pas un phénomène « grave » en soi, mais elle doit être surveillée. Elle peut être inoffensive pour certaines grosses fourmis qui aiment vivre dans des nids très humides, mais fatale pour de petites fourmis qui risquent de s’y noyer, ou tout simplement pour des espèces qui ont besoin d’une humidité moyenne. Elle peut également favoriser la formation de moisissures dans le nid ou la pourriture du couvain.
Pour régler le problème, suivez ces étapes :
Réaménagez votre système de chauffe. Chauffer directement en dessous du nid ou trop près d’un système d’humidification provoque inévitablement de la condensation.
Arrêtez temporairement d’humidifier le nid le temps qu’il s’aère et que la condensation disparaisse complètement. Pour cela, il suffit de cesser d’y mettre de l’eau ou de retirer les bouteilles/réservoirs d’hydratation.
Pour les tubes à essai ou les nids où la condensation persiste malgré tout après un certain temps, il faudra – comme expliqué plus tôt – déménager les fourmis dans un nouveau tube ou nid sans condensation.

Ventilation
La ventilation, souvent oubliée, est pourtant essentielle pour éviter les moisissures, limiter le stress et permettre aux fourmis de bien distinguer le nid de l’aire de chasse (qui représente pour elles le monde extérieur).
Pour les jeunes colonies, je ventile très peu le nid. Un espace trop aéré peut stresser les fourmis et dessécher trop vite l’humidité dont elles ont besoin pour s'hydrater et faire grandir le couvain. En revanche, quand la colonie grandit et que le nid devient volumineux, j’augmente légèrement la ventilation pour garder des conditions stables.
Pour ventiler mon nid, je pose des bouchons aérés Fourmis Shop (lorsque j'utilise cette marque) et je multiplie les entrées entre l'ADC et le nid, au lieu d’une seule, j’en mets 2 ou 3. Comme dans la nature où on voit souvent qu'une petite colonie a une seule entrée alors qu'une grande en a toujours plusieurs. Cela crée un léger renouvellement d’air sans courant d’air violent, ce qui limite les risques de moisissures quand la colonie produit beaucoup de déchets.
Pour les aires de chasse la ventilation est primordiale pour presque toutes les espèces. Personnellement, je les laisse ouvertes le plus possible (avec de l’anti-évasion pour éviter les fuites). Si vous fermez complètement, l’abreuvoir fait monter l’humidité en flèche, l’air stagne, de la buée se forme sur les parois, la barrière anti-évasion se dégrade plus vite et le dépotoir moisit rapidement. J’ai testé les deux méthodes et j'ai les meilleurs résultats (croissance, propreté, activité) systématiquement avec des aires de chasse bien ouvertes. Seules les espèces tropicales nécessitant beaucoup d'humidité s'élèvent mieux avec une aire de chasse fermée ou partiellement fermée, voire souvent un terrarium.
Pour résumer : nid peu ventilé + aire de chasse très ventilée = les fourmis comprennent parfaitement la différence entre leur « maison » (pas de courant d'air, humide, confinée) et « l'extérieur » (espace, lumière, air frais, nourriture et dépôt des déchets).

Lumière
Il n’existe pas de règle universelle : toutes les fourmis préfèrent globalement un nid dans le noir, mais certaines espèces s’habituent très bien à la lumière constante, tandis que d’autres la fuient systématiquement.
Ce qui stresse vraiment les fourmis, ce n’est pas tant la lumière ambiante elle-même, mais surtout la lumière forte/directe et les variations brutales quand vous soulevez le cache pour regarder (mais les vibrations que ça provoque). Enlever et remettre le cache 10 fois par jour est beaucoup plus néfaste que de laisser le nid éclairé en permanence à la lumière ambiante.
Ce que je fais personnellement :
La plupart de mes nids sont sans cache : je peux jeter un œil de loin et vérifier en 2 secondes que tout va bien.
Dès que je remarque qu’une espèce délaisse certaines zones ou semble stressée, je passe immédiatement au noir total (cache fourni avec le nid, carton, tissu ou film rouge/noir).
Règle d’or : si vous choisissez le noir, ne touchez plus au cache plus d'une fois par semaine.
Solutions pratiques pour observer sans stresser
Film partiellement transparent coloré ou noir foncé (plexiglas teinté ou simples pochettes de cahier d’écolier découpées à la taille souhaitée) : les fourmis perçoivent la lumière, mais les variations sont très atténuées → stress fortement réduit tout en gardant la visibilité.
Lumière ambiante douce (pas de spot LED puissant ou de lampe de bureau braquée sur le nid, vous pouvez par contre éclairer l'aire de chasse).
Attention : jamais de soleil direct sur la fourmilière, même 10 minutes. Selon l’emplacement chez vous, un rayon peut traverser la fenêtre à certaines heures et faire monter la température à plus de 40 °C en quelques minutes à l'intérieur du nid, même en hiver, et griller vos petites fourmis. Placez toujours vos installations hors trajectoire des rayons de soleil.
En résumé : partez du principe que le noir total + zéro manipulation du nid est l’idéal. Si vous voulez observer souvent, utilisez une protection semi-transparente ou habituez progressivement vos fourmis à une lumière ambiante douce. Vous verrez vite quelles espèces supportent bien la lumière et lesquelles exigent un nid dans l'obscurité totale.

Chapitre 7 : Diapause et Pause Hivernale
(La phase la plus importante de l’année dans un élevage de fourmis – ne la ratez sous aucun prétexte)
Diapause ou pause hivernale : de quoi parle-t-on exactement ?
La diapause : c’est une véritable hibernation. L'activité de la colonie s’arrête complètement (la reine ne pond plus, couvain figé, fourmis quasi immobiles). Elle est obligatoire pour toutes les espèces qui vivent dans des régions où il y a un vrai hiver (France, Europe, même sud de l’Espagne). Sans diapause correcte, la reine s’épuise et meurt prématurément.
La pause hivernale : c’est juste un ralentissement léger. Les fourmis restent actives, mangent, la reine réduit ou stoppe la ponte temporairement. C’est ce que font certaines espèces exotiques mais ce n’est pas une vraie hibernation.

Pourquoi c’est si important ?
Une diapause ratée ou sautée = reine qui s'épuise et meurt rapidement, au lieu de vivre 5-20 ans (selon l'espèce), la ponte s’arrête et colonie va décliner plus ou moins rapidement. La diapause c'est l’étape qui peut faire la différence entre une colonie stagnante et une colonie exceptionnelle qui explose au printemps et tout l'été.
La diapause n’est pas un simple « repos » : c’est un programme génétique et hormonal gravé dans l’ADN de ces insectes depuis des millions d’années. Le froid prolongé (5-10 °C) déclenche chez la reine la synthèse de protéines de stockage, la purge des toxines métaboliques accumulées et la remise à zéro complète de son système reproducteur. Sans ce signal froid, ces mécanismes ne se lancent jamais : la reine continue à pondre toute l’année, épuise ses réserves, accumule des déchets et hormones. Les ouvrières, elles aussi, subissent un vieillissement accéléré. En résumé : le froid de la diapause n’est pas une option, c’est le bouton reset biologique qui garantit la santé et la pérennité de la colonie.
Quand et comment faire la diapause
En général on l'a fait de début novembre à fin février/début mars (parfois 5-6 mois pour certaines espèces comme la Camponotus ligniperda).

Température idéale :
La diapause se fait entre 5 et 10 °C (le top c'est 5-7 °C).
Plus de 10 °C = pas une vraie diapause.
Proche de 0 °C = danger.
Comment baisser et remonter la température ?
Toujours progressivement : 1-2 °C par jour (ou sur deux/trois) pendant 2-3 semaines à la descente et à la remontée. Personnellement, je prends un mois complet pour faire le changement de température le plus progressif possible ; un choc thermique peut tuer la colonie.
3 solutions simples et fiables :
Cave à vin ou vieux frigo réglé sur 6-8 °C (parfait en appartement).
Garage ou cave non chauffée + thermomètre. Si la température descend proche de zéro, mettez un petit câble/tapis à basse température pour monter à 4-6 degrés.
Cabanon extérieur + thermomètre. Comme pour le garage, mettez un système de chauffe si risque de gel.
Pour la technique 2 et 3, vous pouvez mettre les fourmis dans une boîte en polystyrène ou dans un carton avec de la mousse isolante, ça vous aidera à stabiliser la température dans la boîte. Je connais aussi des personnes qui arrivent à faire la diapause sur un balcon dans une boîte isolée lorsqu'elle est bien préparée.

Nourriture
Vous n'avez pas besoin de nourrir les fourmis pendant la diapause mais par sécurité (si la température est un peu haute), vous pouvez donner 2-3 fois (environ une fois par mois) du liquide sucré (pas besoin pour les espèces granivores). S'il ne fait pas assez froid, les fourmis (dont le métabolisme n'aura pas ralenti) peuvent consommer toutes leurs réserves et mourir de faim.
Il faut le mois qui précède la diapause nourrir abondamment les fourmis pour qu'elles constituent des réserves de nourriture.
Eau et Hydratation
Veillez à ce que les fourmis puissent bien s'hydrater est primordial pendant la diapause. Il faut surveiller le système de votre nid ou la réserve d'eau de votre tube. En complément laissez toujours un abreuvoir à eau dans l'aire de chasse, comme expliqué dans la partie sur les nids, l'abreuvoir permet d'avoir une solution de secours en cas de manque d'eau dans le nid.
Surveillez bien ce paramètre, car personnellement, c'est à cause de ça que j'ai perdu le plus de colonies en diapause. Ensuite l'important est de les laisser au calme absolu.

Ne vous trouvez pas d'excuse pour sauter la diapause
C’est obligatoire ? OUI, même si…
la colonie est jeune ou la reine est seule
il reste du couvain
la colonie vient d’Espagne
Exemples concrets où on entend trop souvent n’importe quoi
« Messor barbarus/Crematogaster scutellaris n’a pas besoin de diapause, on peut leur faire sauter la première année. » → Faux, elle est obligatoire dès la récolte de la reine.
"Dehors je vois encore des fourmis alors qu'on est en hiver, dois-je quand même mettre les miennes en diapause ?"
Quand et comment faire la pause hivernale
La pause hivernale est un simple ralentissement de l'activité, les fourmis continuent à bouger et manger, mais la reine réduit fortement ou stoppe la ponte pendant quelques mois.
Elle concerne certaines espèces tropicales/subtropicales (par exemple certaines Camponotus d’Asie ou d’Amérique du Sud). Comme d'habitude pour savoir si la vôtre est concernée, renseignez-vous sur des fiches et sur les forums, chaque espèce est différente et beaucoup d'exotiques n'en ont pas besoin du tout et doivent être chauffés toute l'année.
Couper simplement le chauffage de début décembre à fin février → température ambiante 18-22 °C.
Option pour pause plus froide (certaines espèces exotiques ont besoin de températures plus basses, voire dans de rares cas d'une vraie diapause. Exemple : Camponotus fedtschenkoi) : cave à vin réglée sur 10-18 °C avec descente et remontée progressive de début décembre à fin février.
On continue à nourrir normalement en adaptant les quantités, vu qu'il y a moins de couvain. Souvent, les fourmis mangent moins d'insectes pendant cette période.
On les laisse au calme pour qu'elles puissent se reposer.
Conclusion
Vous avez une espèce française/européenne → diapause froide obligatoire chaque année, point final.
Vous avez une espèce exotique → vérifiez si elle a besoin d’une pause hivernale ; si oui, température ambiante ou cave à vin selon les besoins de l'espèce.
Faites cette étape correctement, vous aurez des reines productives pendant la saison qui vivront longtemps, sautez cette étape et vous allez rencontrer beaucoup de problèmes dans votre élevage.
Chapitre 8 : Gestion des déchets et propreté de la fourmilière
Dans ce chapitre je vais expliquer comment garder votre fourmilière propre à l'extérieur comme à l'intérieur.
Tout d'abord, il faut savoir qu'on ne nettoie jamais l’intérieur du nid lorsqu'il y a des fourmis dedans. Elles gèrent elles-mêmes leur hygiène interne en triant et sortant les déchets du nid. Si jamais elle les laisse à l'intérieur, c'est sûrement que leur nid est trop grand, dans ce cas, il ne faut pas le nettoyer mais les déménager dans un nid plus adapté. Si vous ouvrez ou nettoyez le nid alors qu'il y a des fourmis dedans, vous provoquerez un stress énorme pouvant tuer la colonie.
Les fourmis rangent leurs déchets dans l'aire de chasse et si celle-ci devient trop sale, des moisissures, des acariens et des bactéries peuvent se développer ; on doit donc régulièrement évacuer leurs déchets.
Une astuce pour que la gestion des déchets se fasse plus facilement est d'avoir plusieurs aires de chasse et d'utiliser la plus éloignée du nid pour y distribuer les insectes. Les insectes étant une des sources principales de détritus dans un élevage de fourmis (ailes, carapace, pattes, etc), ils resteront dans cette aire de chasse là. Les fourmis organiseront ensuite ces détritus en dépotoirs et viendront y ajouter leurs autres déchets (fourmis mortes, déjections, morceaux de coton et autres).
Ce qui fait que vous pourrez avoir d’autres aires de chasses propres et belles pour y observer les fourmis en train de fourrager. En général les fourmis comprendront d’elles-mêmes que c’est dans la zone la plus éloignée du nid qu’elles doivent mettre leurs détritus. Vous verrez aussi qu’elles ont souvent tendance à mettre les déchets dans leurs abreuvoirs, c’est tout simplement un réflexe qu’elles ont, ce qui fait que l'on peut utiliser de l’eau ou des petites gamelles mouillées pour les inciter à y mettre leurs déchets ce qui nous facilite par la suite le nettoyage.


Fréquence de nettoyage
Il n'y a pas de règle fixe mais personnellement voici ce que je fais
- Petites colonies avec de petites installations → une fois par semaine en même temps qu'un nourrissage, pour limiter le nombre de manipulations.
- Petites ou grandes colonies qui ont de grandes aires de chasse → environ 1 fois par mois, parce que les fourmis ont la place de faire un gros dépotoir bien rangé et loin du nid.
- Nettoyage des gamelles/abreuvoirs entre chaque nourrissage.
Malgré cette fréquence régulière, dès que c’est vraiment sale ou que ça commence à sentir, je nettoie. Je n'ai pas de calendrier fixe, si par exemple un abreuvoir à liquide sucré a coulé, ou qu'une vague de mortalité a fait exploser la taille du dépotoir, je fais un nettoyage plus tôt que prévu pour garantir à mes fourmis un environnement propre.
Matériel requis
Vous allez mettre un anti-évasion sec comme du talc ou un mélange talcool (pas d’huile) dans l’intérieur de la grande boîte et sur l’extérieur et l’intérieur de la petite boîte. Grâce à elles on pourra accomplir tout un tas de tâches qui reviennent souvent lors du nettoyage d’une fourmilière domestique comme séparer les fourmis des déchets, des cotons ou des abreuvoirs/gamelles sales sans qu’elles ne se barrent partout.
Pour séparer fourmis et déchets avec nos deux boîtes c’est simple, il suffit de retourner la petite et de la poser dans la grande, et on peut poser dessus les déchets ramassés ou tout autre chose qui contient des fourmis qu’on veut enlever, et là les ouvrières vont tomber toutes seules petit à petit dans la grande boîte.
Vous avez aussi besoin de coton, de pinces dures et souples. La dure vous permettra d'attraper les déchets ; la souple de retirer les fourmis qui sont restées dessus. Pour les plus grosses colonies vous aurez besoin d'un aspirateur et d'un morceau de tuyau large.


Les étapes pour nettoyer sa fourmilière
Nettoyage des petites colonies
Première étape : avant chaque nettoyage, je bloque l’entrée du nid (je ferme la porte intégrée ou mets un bout de coton). C'est une étape importante, car le nettoyage provoque des vibrations qui font sortir plein d'ouvrières en panique qui risquent de se faire écraser. Pensez toujours à rouvrir le nid après le nettoyage.
1. Avec une pince je prends une boule de coton imbibée d’eau.
2. Je passe doucement sur le tas de déchets plusieurs fois, en changeant le coton dès qu'il est trop sale, jusqu’à ce que la plupart des déchets soient évacués. Si les déchets sont collés je viens d'abord les décrocher en les frottant avec un outil double tête (achetable ici sur Access Fourmis)
3. J'attrape délicatement avec une pince souple les fourmis qui montent sur le coton pour les remettre dans la fourmilière ou je mets directement dans la boîte de récupération les boules de coton sur lesquelles il y a des fourmis, pour pouvoir les récupérer plus tard. Je jette directement à la poubelle les boules de cotons sans fourmis.
4. Une fois les gros déchets enlevés, je passe un coton sec pour absorber l’excès d’eau et les derniers déchets. S'il reste quelques gouttelettes ce n’est pas grave, les fourmis adorent venir les boire, c’est même rigolo à regarder. L’important est qu'il n'y ait pas assez d’eau pour qu’elles se noient.

Nettoyage des grandes colonies
1. J’aspire directement le tas de déchets avec un aspirateur de maison dans lequel je mets un tuyau souple. Pensez bien à vider votre aspirateur avant pour ne pas mélanger les fourmis et les déchets ménagers.
2. Je vide le réservoir dans ma double boîte de récupération, les fourmis vivantes tombent petit à petit dans la grande boîte, la plupart des déchets restent sur la petite boîte.
3. Je finis avec du coton mouillé + coton sec pour que ce soit nickel.
4. J'attrape directement à la pince les grosses carcasses d'insectes
Fréquence : environ une fois par mois, parfois plus si il y a beaucoup de déchets.

Deux erreurs communes
- Ne pas assez nettoyer → développement d'acariens détritivores, moisissures, stress (les fourmis détestent vivre dans la saleté).
- Nettoyer trop souvent (concerne surtout les jeunes colonies) → cause du stress.
Pour les toutes petites fondations : je passe juste rapidement un coton mouillé + coton sec pendant un des nourrissages de la semaine. Si elles ont une grande aire et qu’elles rangent bien leur dépotoir, je peux attendre 2-3 semaines sans problème avant de nettoyer.
Comme d'habitude il faut s'adapter à sa colonie et à sa situation, d'un élevage à l'autre c'est différent.
Nettoyer le matériel d'élevage
Il est primordial de nettoyer entre chaque nourrissage les gamelles, les abreuvoirs et les pinces que vous avez utilisées. Ne pas le faire, c’est prendre le risque de transmettre des microbes, des bactéries ou même des parasites d’une colonie à une autre. Les restes de nourriture qui collent (sirop, insectes décomposés, graines germées) fermentent rapidement et deviennent un terrain idéal pour le développement de saletés en tout genre.
Comment je procède :
Avant chaque nourrissage, je récupère toutes les gamelles, abreuvoirs et pinces de mes colonies.
Je les plonge dans un bac d’eau tiède (on peut ajouter un peu d’alcool à 90° pour désinfecter sans danger, mais jamais de savon, javel ou autre produit chimique ménager).
Je brosse chaque élément un par un avec une brosse dédiée (une brosse à
dents neuve réservée à cet usage). Cela permet d’éliminer les résidus collants, les restes d’insectes, les graines germées et les éventuels acariens qui s’agglutinent sur les bords ou dans les recoins.
Je rince abondamment à l’eau claire, puis je sèche tout soigneusement avec un chiffon propre ou de l’essuie-tout avant de les réutiliser.
Règle absolue : attention à ne jamais remettre de la nourriture dans une gamelle ou un abreuvoir qui a déjà servi sans l’avoir nettoyé. Par exemple, ne pas simplement rajouter du sirop dans un abreuvoir qui contient déjà du vieux sirop depuis plusieurs jours ou semaines. Le mélange fermente, attire les acariens et devient toxique pour les fourmis.



Nettoyer les vitres et l'extérieur
Les fourmis peuvent parfois salir les vitres de votre aire de chasse ce qui diminue la visibilité à l'intérieur.
Ma méthode pour les nettoyer :
Je frotte l'intérieur des vitres avec de l'essuie-tout mouillé (comme avec le coton, si les fourmis montent dessus, je le mets de côté dans ma boîte anti-évasion pour les récupérer plus tard).
Je passe ensuite de l'essuie-tout sec après pour absorber le reste d'eau.
Comme pour humidifier les nids, je vous conseille d'utiliser de l’eau déminéralisée pour éviter d'avoir des traces de calcaire, même si normalement en essuyant bien après le nettoyage ça n'en laissera pas.
Si vous voulez garder une installation agréable à regarder, il faudra aussi nettoyer de temps en temps l'extérieur de la fourmilière. Avec le temps de la poussière se pose sur le dessus du nid et de l’aire de chasse, pour l'enlever, il suffit de passer sur toutes les surfaces extérieures un chiffon microfibre sec ou imbibé avec un mélange alcool à 90 dilué dans de l'eau.
Chapitre 9 : Maladies, parasites et tout ce qui peut tuer vos fourmis
Dans ce chapitre je vais vous expliquer les causes communes de mortalité en élevage, comment les reconnaître et surtout comment les éviter ou les régler avant qu’il ne soit trop tard.
Je parle ici de ce que je vois tous les jours sur mon Discord, en message privé et mêmes dans mes propres élevages, des colonies qui meurent « sans raison » alors qu’il y a souvent une cause bien précise qu’il faut essayer d'identifier.

Les 5 grands tueurs de colonies
Déshydratation
Symptômes : ouvrières léthargiques ou au contraire grande agitation dans l’aire de chasse (les fourmis cherchent de l’eau), couvain qui sèche, reine qui ne pond plus.
Solution : abreuvoir permanent + réserve d’eau dans le nid. Un simple oubli de 3-4 jours en été peut tuer beaucoup d’ouvrières, j’ai déjà eu des problèmes avec de grandes colonies à qui l’humidité dans le nid ne suffisait pas, leur mettre des abreuvoirs règle toujours le problème.
Sur-humidité
Trop d’humidité → parfois développement de moisissure noire ou blanche → mort du couvain (nymphes/cocons qui pourrissent), des ouvrières et de la reine plus ou moins rapidement.
Symptômes : nid couvert de condensation, odeur d'humidité, couvain qui noircit, fourmis qui désertent et remplissent de déchets certaines zones de la fourmilière.
Solution : arrêter totalement d’humidifier le nid le temps qu’il s’aère, augmenter la ventilation, déménager les fourmis dans un nid proposant de meilleures conditions.
Produits chimiques (parfum, nettoyant, bombe anti-insectes, fumée de cigarette, etc.)
Les produits chimiques sont la cryptonite des fourmis, en utiliser dans la pièce où on les élève ou même dans une autre pièce peut décimer une colonie entière. Parfois les travaux ou les lâchers de pesticides anti-moustiques dans votre rue/ville peuvent aussi impacter votre colonie.
Symptômes : mort de la colonie ou d’un grand nombre d’ouvrières plus ou moins rapidement (parfois en quelques heures et parfois en plusieurs semaines), fourmis qui se tordent (tremblote), reine qui meurt en dernière.
Solution : élevage dans une pièce dédiée ou très bien ventilée, n’utilisez jamais dans la pièce des fourmis de produits ménagers (ex : produit à vitre), de parfum ou de désodorisant (par exemple diffuseur de parfum type febreeze). Pour nettoyer la pièce où vous élevez votre colonie utilisez des produits naturels comme du savon naturel, du vinaigre ou de l’alcool tout en aérant bien.
Sous-alimentation en protéines de qualité
La colonie stagne, puis décline lentement sur plusieurs mois, j’observe souvent par exemple des abonnés qui élèvent leur colonie depuis plusieurs années mais sont toujours restés à peu près au même nombre d'ouvrières.
Symptômes : peu ou pas de nouvelles naissances, reine qui pond peu, petite quantité de couvain.
Solution : insectes frais (ou congelés) d'élevage plusieurs fois par semaine. Attention : donner des insectes capturés dans la nature ou séchés/lyophilisés ne suffit souvent pas
Nid trop grand
Votre colonie vit dans une seule pièce du nid en laissant plein d’autres libres (par exemple : il y a 5 pièces dans votre nid et vos fourmis ne vivent que dans une seule), vous vous dites qu’elles le rempliront au fur et à mesure de leur croissance. Ou alors carrément, la colonie ne veut pas aller vivre dans le nid et se tient dans un coin de l’aire de chasse.
Symptômes : Fourmis stressées (pas forcément visible), peu de développement, déchets et ouvrières mortes directement à l’intérieur du nid.
Solution : déménager les fourmis dans un tube à essai ou dans un nid plus petit.
Parasites les plus courants et comment les gérer
Acariens détritivores : petits points orange/marron/blancs sur les déchets, les gamelles et les abreuvoirs. Normal en petite quantité.
Si explosion → nettoyage + réduction de l'humidité + enlever les restes de nourriture plus rapidement.
Psoques : petits insectes gris-blanc ou beige, plats, rapides, sans pattes visibles (plus gros que les acariens). Ils se concentrent sur les déchets, gamelles et zones trop humides de l’aire de chasse. Normal en très petite quantité : ils se nourrissent de moisissures et débris, les fourmis les tolèrent souvent. Si explosion (dizaines ou centaines) → sur-humidité + trop de nourriture non consommée, nettoyez mieux votre aire de chasse et laissez moins longtemps les restes de nourriture non consommée.
Acariens parasites (sur le corps des fourmis ou la reine)
Très rare si hygiène correcte.
Solution (ne fonctionne pas toujours) : introduire des Hypoaspis miles (acariens prédateurs, vendus sous le nom Taurus), ils peuvent tout nettoyer sans danger pour les fourmis.
Prévention : nettoyez bien vos accessoires et vos pinces avec de l'eau entre chaque entretien pour ne pas que des acariens (ou autres parasites) restent dessus. Bien nettoyer vos accessoires permet également de ne pas transmettre acariens (et autres) d’une colonie à l’autre si vous en élevez plusieurs.
Maladies et infections
Couvain noirci qui pourrit → infection bactérienne (souvent à cause de nourriture avariée ou trop d’humidité).
Solution : retirer immédiatement le couvain mort + nettoyage + réduction de l'humidité.
Reine qui gonfle ou dont fuit un liquide → infection interne, presque toujours fatale.
Reine qui a un gastre très maigre/atrophié → pas assez de réserve de nourriture ou alors autre problème interne souvent fatale.
Ce qu’il ne faut surtout PAS faire quand on a un problème
Mettre des produits lors du nettoyage → ça tue tout, reine comprise.
Jeter la colonie entière → la plupart des problèmes se règlent avec un déménagement et un bon nettoyage.
Paniquer et ouvrir 50 fois par jour pour voir si les fourmis ne sont pas mortes → le stress finit le travail et achève les fourmis déjà affaiblies.

Les habitutes simples qui me permettent d’éviter 90% des problèmes.
Donner uniquement des insectes d’élevage, morts, fraîchement tués ou congelés (blattes, grillons, criquets et pour les colonies un peu développées des vers).
Conservation du liquide sucré au frigo et poubelle après 4-5 jours (plus tôt si une odeur commence à apparaître).
Abreuvoir à eau permanent + vérification des systèmes d’humification une fois par semaine.
Nettoyage régulier (voir chapitre précédent).
Je laisse mes fourmis au calme, je ne vais pas les embêter toutes les 5 min, si je regarde je le fais sans toucher à l’installation pour ne pas créer de vibrations.
Ventilation correcte (nid peu aéré, aire de chasse toujours ouverte).
Jamais de produits chimiques dans la pièce.
Attendre qu’un nid soit rempli entièrement avant d’agrandir (très important pour les jeunes colonies).
Je ne rate la diapause sous aucun prétexte.
La plupart des colonies qui meurent « sans raison » ont en réalité une ou plusieurs de ces causes bien précises sur lesquelles on peut agir si on les identifie. Bien entendu parfois on peut avoir une reine qui meurt à cause d’un problème externe, le problème peut être génétique ou venir du fait que la reine/colonie a subi des mauvais traitements avant qu’on ne l’achète (pillage, boostage, colonie non stabilisée, stress lié au transport).
Chapitre 10 : Idées d'espèces pour se lancer
Quand on me demande « par quelle espèce commencer ? », je donne souvent ces pistes. Ce ne sont pas des espèces « increvables » sur lesquelles on a le droit de faire n’importe quoi ; ce sont simplement des espèces plus tolérantes à certaines erreurs classiques et/ou plus faciles à se procurer.
Rien ne remplace la rigueur, la patience et l’observation. Une personne consciencieuse et appliquée peut très bien réussir l’élevage de n’importe quelle espèce, même celles réputées « difficiles ». À l’inverse, quelqu’un qui bâcle tuera même la plus tolérante des fourmis.
Voici donc les espèces que je conseille le plus souvent, dans l’ordre où je les propose habituellement :
1. Lasius niger et Lasius emarginatus
→ Mon premier conseil dans 80 % des cas.
Reines très faciles à trouver partout en France et en Europe en été.
Prix très bas à l’achat (quelques euros).
Fondation relativement rapide (10-15 ouvrières dès les premières naissances) et tolérance face aux petites erreurs de paramètres d'élevage.
Souvent moins timides que les autres espèces françaises pendant la phase de fondation.

2. Messor barbarus
→ Fourmi la plus achetée par les débutants, alors que ce n’est pas forcément la meilleure pour débuter car elle est sensible au stress et les débuts sont lents. Je pense quand même que c’est une superbe espèce pour débuter si vous êtes patient et bien renseigné.
Reine impressionnante, essaimage tardif (septembre-octobre).
Premières ouvrières seulement après la diapause : fin avril – fin mai (6 mois d’attente entre la récolte et les premières naissances).
Très sensible au stress pendant la phase de fondation.
Diapause facilitée par la présence de greniers (ne meurt pas de faim si la température n’est pas assez basse pour un ralentissement du métabolisme).
Une fois la première diapause passée : croissance rapide, naissance des premiers médias et majors, → spectacle garanti.
Réservé à ceux qui acceptent d’attendre et de chouchouter la reine longtemps lorsque vous l’achetez seule. C’est d’ailleurs plus facile de commencer avec une fondation contenant déjà les premières ouvrières. Il faut aussi être prêt avec ces fourmis, à gérer au bout de plusieurs années, une colonie qui comptera dizaines de milliers d’ouvrières, qui vivra longtemps (jusqu’à 15-20 ans) et prendra beaucoup de place.
→ Si vous vous lancez dans l’élevage de cette espèce, regardez absolument ma playlist de vidéos tutoriel que j’ai faites à son sujet (guide fourmi Messor barbarus sur YouTube), l’élevage des Messor a quelques spécificités qui ne s’inventent pas et dont je vous parle dans ces vidéos, les regarder vous évitera la plupart des erreurs que l’on fait tous quand on n'est pas bien renseigné !


3. Camponotus exotiques (sans diapause stricte)
(ex. maculatus, maculatus subnudus, nicobarensis, etc.)
Croissance continue toute l’année (sauf si elles font la pause hivernale).
Couleurs, castes et comportements magnifiques.
Colonie en activité toute l’année (certaines font une pause hivernale), croissance plus rapide que les espèces européennes.
Font beaucoup de trophallaxie, un comportement fascinant à observer.
Les colonies deviennent vite grandes mais si vous en élevez qu’une seule ce sera facilement gérable, cependant attention si vous en prenez plusieurs.

4. Meranoplus bicolor
→ Une petite fourmi de caractère.
Colonies qui restent petites (200-500 ouvrières max, la population s’auto-régule).
Reine et ouvrières magnifiques (rouge métallique/noir avec des poils qui brillent à la lumière).
Naissance assez tôt de sexués dans la colonie (mâles et princesses).
Très calme, se déplace lentement tout en étant active lorsqu’on nourrit la colonie, très facile à contenir, zéro tendance à l’évasion.
Pause hivernale de début décembre à fin février.

5. Crematogaster scutellaris
→ Une espèce que j’aime beaucoup, c’est avec elle que j’ai commencé l’élevage. Je la mets en dernier car je trouve qu'elle est souvent sur-recommandée aux novices, je ne pense pas que ce soit la meilleure fourmi pour débuter ; cette fourmi est en fait facile à élever car très résistante mais pas facile à contenir.
Très active, croissance très rapide.
Colonies qui deviennent énormes très vite + championnes de l’évasion (petites, grimpent partout et creusent une grande variété de matériaux).
Xérophile : peut vivre en nid totalement sec si un abreuvoir est présent dans l’aire de chasse, ce qui facilite son élevage car pas de gestion d'humidité.
Diapause obligatoire de début novembre à fin février (contrairement à ce qu'on entend souvent dire).
Réservé à ceux qui sont prêts à gérer une colonie qui va vite devenir très grande, consommer une très grosse quantité de nourriture et avec des risques d’évasion permanents.

Conclusion
Ces espèces ne sont pas des « fourmis pour nuls ». Elles pardonnent juste un peu plus certaines erreurs classiques (humidité mal gérée, nourrissage approximatif, etc.) et/ou sont plus simples à obtenir. Quelqu’un de sérieux et respectueux du rythme des fourmis peut parfaitement réussir avec une espèce délicate dès le début.
Chaque espèce a ses spécificités, certaines sont plus sensibles que d’autres mais ce qui compte vraiment c'est votre façon de faire.
Chapitre 11 : Que faire de vos fourmis si vous devez arrêter l’élevage
Quand on commence l’élevage de fourmis, le but doit être de garder sa colonie toute sa durée de vie, 15 - 20 ans pour les plus chanceuses.
On se dit qu’on verra bien, qu’on aura toujours la place, le temps, l’envie…
Mais la réalité, c’est qu’on ne sait pas de quoi le futur est fait : déménagement, enfants, santé, perte d’intérêt, séparation, nouveau boulot à l’étranger… Parfois, on est tout simplement obligé de s’en séparer.
Dans ce chapitre, je vous donne les options possibles pour vous séparer de votre colonie si ce moment arrive.
1. Ne JAMAIS relâcher
- Espèces exotiques → le risque d’invasion de fourmis venant d’autres pays (si elles ne sont pas déclarées officiellement « invasives ») est quasiment inexistant, le mode de reproduction des fourmis couplé à nos hivers très violents pour les animaux qui n’y sont pas habitués rend la chose quasi impossible. Mais on n’est jamais sûr à 100%, donc par principe on ne relâche pas d’animaux exotiques. De plus il faut savoir que c’est illégal en France, relâcher des animaux exotiques vous expose donc à des poursuites.
- Espèces locales capturées → par principe, on ne les relâche pas. Même si elles viennent du coin, après des mois ou des années en captivité, elles peuvent avoir développé des changements de comportement ou porté des pathogènes/parasites qu’elles n’auraient jamais contractés dans la nature. Les relâcher risquerait de perturber les écosystèmes locaux et de contaminer les colonies sauvages.
Relâcher = mettre en danger les écosystèmes et parfois enfreindre la loi.
2. Donner ou vendre à un passionné (l’option la plus logique)
Où ?
- Mon Discord GIGAFOURMIS → section Don (vente interdite)
- Autre Discord de vente (les halles aux fourmis)
- Groupes Facebook d’élevage de fourmis
- Forums spécialisés fourmis dans la section petites annonces
- Leboncoin (catégorie Animaux)
- Boutiques vendeuses de fourmis : parfois des boutiques (comme mon partenaire Ant&Co) peuvent racheter vos fourmis
- Musée/Zoo (parfois certains « zoos » d’insectes recherchent des colonies auprès de particuliers)
Astuce : vendez la colonie avec tout le matériel d’élevage et si vous n’arrivez pas à les vendre, donnez les pour trouver à coup sûr un repreneur.

3. Dernier recours : euthanasie douce
Pour moi il y a toujours une solution mais si jamais vous n’avez pas le choix et ne pouvez pas faire autrement au lieu de relâcher vos fourmis dans la nature :
- Placez la fourmilière entière au congélateur pendant 48 h.
C’est la méthode la plus rapide et la moins douloureuse pour tuer une colonie de fourmis.
J’appuie sur le fait que cette méthode est un dernier recours (évitable dans la plupart des cas) qui ne doit être utilisé que s'il n’y a aucune autre solution ! Ne prenez pas des fourmis pour les euthanasier quand vous vous serez lassé !
Utilisez également cette méthode si vous avez élevé sans vous en rendre compte une espèce invasive et qu’elle a été formellement identifiée comme telle. L’élevage d’espèces invasives n’est pas réglementé à l’heure où j’écris ce guide (sauf une espèce) et n’est pas gérable sur le long terme ; les fourmis finiront un moment ou l’autre par réussir à s’évader et constitueront donc une menace pour nos espèces locales.
En résumé : on commence toujours avec l’idée de garder nos fourmis toute leur vie… Mais quand la vie en décide autrement, il y a toujours une solution propre et respectueuse. Il y a des milliers de passionnés prêts à accueillir votre colonie.
Ne laissez jamais une colonie à l’abandon ou dans la nature. Élever des êtres vivants engage des responsabilités et ne doit pas être pris à la légère.
Chapitre 12 (dernier) : Faire exploser sa colonie jusqu’à la maturité, guide vidéo et FIN

Et maintenant que faire ?
Maintenant il faut suivre les conseils donnés plus tôt, qui ne changent pas avec des colonies plus grandes, il faut simplement les adapter.
Plus la colonie grandit plus on agrandit son environnement et on augmente la fréquence/quantité des nourrissages.
Agrandissez le nid quand elles sont vraiment à l’étroit et agrandissez l’aire de chasse dès que vous le souhaitez, plus on a de grandes aires de chasse mieux c’est pour que les fourmis aient de la place pour explorer et gérer leurs déchets. Si vous n’avez pas le budget pour de grandes aires de chasse, bricolez un aquarium ou acheter des grosses boîtes en plastique que vous aménagerez en aire de chasse.
Maturité de la colonie
Ensuite, au bout de plusieurs années de développement votre colonie va devenir ce qu’on appelle mature, la reine pond à fond et commence à produire des sexués (fourmis volantes) qui sont des princesses (les futures reines) et des mâles. Parfois quand une colonie est mature elle ne produit que des mâles ou que des princesses, c’est en général une question d’âge et de quantités de protéines donné à la colonie
Ce moment c’est l’objectif ultime d’un éleveur de fourmis, preuve des bons soins apportés à la colonie durant toute sa durée de vie.

Que faire des sexués ?
Avant leur arrivée, vous verrez d’abord de très grosses larves et ensuite de grands cocons/nymphes nues. Puis lorsqu’ils seront nés que faut-il en faire ?
En 2026, on ne sait toujours pas faire reproduire de façon durable les fourmis en captivité (sauf rares exceptions).
Ce que vous pouvez faire, c’est de les laisser s’envoler dans la maison (fenêtres fermées) et la plupart finiront par mourir. Sinon il faut simplement les laisser dans la fourmilière et… ne rien faire. Les mâles vont mourir assez vite, les princesses, quant à elles, peuvent parfois survivre et rester dans les aires de chasse en ayant un rôle de « grosse ouvrière », on observe beaucoup ça chez les Meranoplus bicolor que je vous ai conseillé plus tôt. Sinon elles se feront tuer par les ouvrières au bout d'un certain temps (j'ai observé ça chez mes Myrmicaria brunnea).

Conclusion du guide et guide vidéo
Élever des fourmis c’est la patience, ça ne va être exceptionnel dès le début, le début est lent et les fourmis sont timides, elles ne s’adapteront pas à votre rythme c’est à vous de vous adapter. Si vous arrivez à maintenir le cap et à être discipliné sur les soins apportés à la colonie pendant plusieurs mois/années, vous allez découvrir l’immense satisfaction qu’apporte une colonie en bonne santé et les observations passionnantes qu’on peut y faire.
Je vous remercie de m’avoir lu et vous souhaite bonne chance pour réussir votre élevage ! Pensez à me partager vos retours d’expérience en message privé et en commentaire sur le guide vidéo pour que je puisse toujours continuer à améliorer mes conseils ! Et si vous voulez soutenir directement mon travail, achetez-moi du matériel d’élevage sur accessfourmis.com !
Fin du guide, retrouvez la version vidéo juste en dessous. 🐜❤️



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